Tribune d’Adham Hassan, expert Creator Economy.
Le secteur de l’influence semble toujours régi par l’instinct et la spontanéité des créateurs. Derrière cette image, un dispositif de contrôle mesure désormais chaque publication et redistribue la crédibilité selon des règles précises.
En janvier 2026, une étude Reech menée pour l’ARPP a mesuré une adhésion inédite au Certificat de l’Influence Responsable : la connaissance du dispositif par les agences est passée de 32 % en 2022 à 79 % en 2026, et celle des marques de 25 % à 59 %. L’auteur pose la question : et si la conformité réglementaire, plutôt que l’audience ou la créativité, devenait le véritable actif professionnel des créateurs ?
Un basculement mesuré par la donnée
L’Observatoire de l’Influence Responsable de l’ARPP, publié le 30 septembre 2025, a analysé près de 194 000 contenus au premier semestre 2025, contre 60 238 sur l’ensemble de l’année 2024. Le taux de conformité globale atteint 84 %, et les créateurs certifiés affichent un risque de manquement trois fois inférieur à celui des non certifiés. Cette granularité est obtenue grâce à un modèle d’intelligence artificielle calibré sur la charte de l’ARPP : le contrôle devient continu et comparable d’une campagne à l’autre, alors qu’il reposait auparavant sur des vérifications ponctuelles.
Une fracture entre gros et petits créateurs qui se referme
L’écart de non-conformité entre créateurs de moins de dix mille abonnés et créateurs plus installés atteignait quinze points en 2023 ; il n’en compte plus qu’un en 2025. Un « petit » créateur rigoureux devient aussi fiable, aux yeux d’un annonceur, qu’un compte à forte audience.
Des contrôles publics qui montrent une confiance provisoire
L’autorégulation complète le contrôle de l’État sans s’y substituer. Le bilan de la DGCCRF sur ses contrôles menés depuis 2021 relève qu’une soixantaine d’influenceurs et d’agences inspectés présentaient une anomalie dans six cas sur dix, la quasi-totalité des manquements portant sur la transparence des contenus commerciaux.
Une compétence partagée entre créateurs, agences et juristes
Documenter chaque partenariat, archiver les échanges avec un annonceur, justifier une mention de collaboration commerciale : ces tâches mobilisent une équipe, un contrat type et parfois un conseil spécialisé. La conformité rejoint la comptabilité ou le droit des contrats parmi les fonctions qu’un créateur professionnel ne peut plus assumer seul.
Le risque de dépendance à un label unique
Le Certificat de l’Influence Responsable n’est pas une garantie légale et sa gouvernance reste concentrée entre un nombre restreint d’acteurs du secteur publicitaire. Fonder toute sa crédibilité sur ce seul label exposerait au même risque que dépendre d’une plateforme unique. La diversification des preuves de sérieux (contrat écrit, historique de collaborations transparentes, formation continue) reste, selon l’auteur, la meilleure protection dans un cadre réglementaire encore mouvant.
Reconnaître que la conformité structure déjà l’économie des créateurs, conclut-il, ne revient pas à réduire ce métier à une case administrative, mais à accompagner sa professionnalisation par des outils à la hauteur de sa responsabilité économique.
