Tribune d’Adham Hassan, expert Creator Economy.
Depuis le 26 février 2026, le seuil de chiffre d’affaires autorisé aux micro-entrepreneurs prestataires de services, catégorie qui couvre l’essentiel des créateurs de contenu, est fixé à 83 600 euros, contre 77 700 euros auparavant. Un chiffre qui, selon l’auteur, n’a plus grand-chose à voir avec les revenus réels de la majorité d’entre eux.
Un seuil pensé pour les créateurs qui réussissent le mieux
Le relèvement du plafond n’est pas propre au secteur de l’influence : il s’applique à toutes les professions libérales et prestations de services, et suit chaque année l’inflation. Le législateur traite ainsi les créateurs de contenu comme n’importe quelle autre profession à la croissance linéaire, alors que leurs revenus sont bien souvent très loin de suivre la courbe exponentielle des algorithmes et des usages.
Une minorité de créateurs approche ce niveau de revenus
Selon l’auteur, rien n’a véritablement changé depuis trois ans. En 2023, le rapport de l’Assemblée nationale sur les dérives de l’influence soulignait l’écart entre chiffre d’affaires et influence : d’après les données de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu citées dans ce rapport, 80 % des créateurs gagnaient alors moins de 4 000 euros par an avec leur activité. Rapporté au plafond de 83 600 euros, ce chiffre donne une idée de l’écart entre le sommet visible du secteur et la masse de ceux qui le pratiquent.
Des statuts identiques, des réalités économiques opposées
Micro-entrepreneurs, salariés portés, gérants de société : le statut juridique suit l’évolution des revenus réels. Un même cadre administratif protège celui qui dépasse les plafonds comme celui qui déclare quelques centaines d’euros par trimestre, avec des écarts de protection sociale parfois significatifs. Le relèvement du seuil ne change donc rien pour la majorité du secteur.
Une diversification hors de portée pour beaucoup
Ceux qui dépassent réellement 83 600 euros ont, presque tous selon l’auteur, diversifié leurs sources de revenus au-delà du partenariat de marque : vente de formation, merchandising, abonnement, conseil aux entreprises. Cette diversification demande du temps, mais aussi une équipe et une trésorerie qu’aucun créateur ne réunit à ses débuts. Le plafond ne mesure donc pas la santé du secteur, mais l’ampleur du chemin qui reste à parcourir vers une profession structurée pour tous.
Un coût psychosocial que le seuil laisse intact
Les créateurs font face à une forte dépendance à des algorithmes changeants, à une absence de visibilité sur leurs revenus futurs et à une quasi-absence de couverture chômage en cas d’arrêt d’activité. Tant que ces causes resteront sans réponse, le seuil de 83 600 euros restera, selon l’auteur, un « totem statistique » atteint par une poignée de créateurs. La majorité d’entre eux a d’abord besoin d’un plancher, pas d’un plafond plus haut.
